mercredi 24 août 2016

L'empirisme modal

Etant en période de rédaction de thèse, je n'ai plus énormément de temps pour poster ici. Mais j'ai ouvert un nouveau blog destiné à présenter en anglais, de manière informelle, le contenu de ma thèse (qui, elle, sera en français). Voir également ici pour une présentation plus succinte en français.

Vous trouverez également ici un article (un peu polémique) sur les rapports entre philosophie et science.

vendredi 3 juin 2016

Réduction et émergence

Voilà un moment que je n'ai pas posté sur ce blog, principalement par manque de temps (je suis en phase de rédaction de thèse). Toutefois pour ne pas le laisser à l'abandon, je m'autorise cet article sur le thème de la réduction et de l'émergence.

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Qu'est-ce qu'il y a dans le monde ? A première vue plein de choses : des objets (ceux de la vie courante), des êtres vivants. Ceux-ci ont des propriétés : leurs formes, leurs couleurs, ou, pour les êtres vivants, leur appartenance à une espèce par exemple.

Si on y regarde de plus près, on verra que les êtres vivants sont composés de cellules. Ces dernières sont elle-même constituées de différentes protéines et d'autres molécules. A en croire la physique et la chimie, ces molécules sont des arrangements particuliers d'atomes, et enfin au niveau le plus fondamental, de particules comme les électrons et les quarks, qui composent l'ensemble des objets que nous pouvons observer. Mais on trouve également dans le monde des entités mentales, comme des croyances et des désirs (et peut-être des entités plus abstraites, comme des institutions, des banques, des états), et celles-ci ont de nouvelles propriétés particulières. On peut se demander si nos états mentaux sont eux aussi composés de particules physiques, et si oui, en quel sens.

Tous ces objets existent-ils "vraiment" ? Nous ne parlons pas ici de la question du réalisme, auquel nous avons déjà consacré un article, mais plutôt, assumant le réalisme, de la question de savoir si ces objets existent de manière primitive, s'ils jouent un rôle propre dans la fabrique du monde, ou si, finalement, ils ne seraient "rien de plus" que des arrangements de matière, de particules physiques, qui à elles seules constitueraient "tout ce qui existe". C'est en fait la question du réductionnisme.

vendredi 15 janvier 2016

La philosophie des lumières : empirisme et rationalisme

L'année 2015 a été proclamée année internationale de la lumière par l'ONU. D'aucuns jugeront qu'elle n'a pas tenu ses promesses tant on a connu d'années moins sombres, et je ne les contredirai pas sur ce point. En tout cas il y a certainement une promesse qui n'aura pas été tenue, qui est celle que je m'étais faite à moi même de publier pour l'occasion un article sur ce blog sur le thème de la philosophie des lumières. Qu'à cela ne tienne, 2016 y remédiera avec ce premier article de l'année consacré au débat entre rationalisme et empirisme.

Cloud in the sunlight

lundi 16 novembre 2015

Index thématique

Je viens d'ajouter un index thématique de tous les articles de ce blog. Il contient déjà le tout dernier article sur l'identité de particules en physique, et sera mis à jour à chaque nouvelle publication.

dimanche 15 novembre 2015

L'identité des particules en physique

Nous avons vu dans les deux articles précédents que la notion d'identité n'est pas sans poser des difficultés. Est-ce que la statue et le bloc d'argile dont ils sont constitués sont le même objet, alors qu'ils ont des propriétés différentes ? Est-ce qu'un nuage est un objet alors que ses contours sont indéterminés ? Est-ce que l'identité survit quand on remplace certaines parties des objets, ou quand on les désassemble puis les ré-assemble ? Quels sont les objets pertinents de la biologie : les organismes, les groupes d'organismes, ou seulement les gènes ?

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On pourrait être tenté de rejeter ces problèmes d'un revers de la main en se reposant sur un niveau plus fondamental : celui de la physique. Il n'y a peut-être pas "vraiment" d'objets tels que les nuages, les bateaux, les statues, les castors ou les colonies de fourmi : tout ça ne serait qu'une façon de voir utile. En fait, ce qui existerait "vraiment" dans le monde, ce serait des arrangements de particules, des atomes, des molécules, et ces arrangements prendraient parfois pour nous la forme d'être vivants, d'artefact ou de nuages, mais il ne faudrait pas y voir quelque chose de fondamental. Pour savoir ce qui existe dans le monde, il faudrait nous tourner vers la physique : elle seule nous renseignerait sur ce que sont les objets ultimes de la réalité et les lois auxquelles ils obéissent, et le reste, ce serait, disons, de la collection de timbre.

C'est ce qu'on appelle le réductionnisme. Je ne désespère pas d'en parler un jour sur ce blog, mais ce n'est pas l'objet de cet article. Aujourd'hui nous n'allons pas nous demander si tout se réduit à la physique, mais plutôt s'il existe vraiment des objets fondamentaux en physique. Et on va voir que ça n'a rien d'évident, si bien que même si l'on est réductionniste, on n'a pas pour autant sauvé l'idée qu'il existe des objets dotés d'une identité dans le monde.

vendredi 9 octobre 2015

Les individus en biologie

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Nous avons parlé dans le dernier article des problèmes philosophiques liés à la notion d'identité. Pour poursuivre cette thématique, intéressons-nous à la question de l'individualité en biologie.

Les biologistes parlent de toutes sortes d'objets dans leurs disciplines : des organismes vivants, bien sûr, mais aussi des organes, des cellules, des gènes... Ou encore, des populations, des troupeaux, des clades ou espèces, des écosystèmes.

A première vu, le niveau d'organisation principal du vivant semble être celui des organismes. Il semble que les autres entités peuvent être définies soit comme des parties d'organismes, soit comme des groupes d'organismes. Peut-être ces derniers constitueraient donc les individus fondamentaux de la biologie, les autres en dépendant pour leur identité.

Avant de se demander si c'est vraiment le cas, commençons par nous demander ce qu'est un organisme.

mercredi 26 août 2015

Les paradoxes de l'identité

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La notion d'identité, ou d'individu, est assez intuitive et assez centrale dans notre compréhension du monde. Pourrait-on avoir une connaissance du monde si l'on était incapable d'identifier des objets ou des individus persistant dans le temps ? La notion d'identité est centrale y compris en mathématiques : pour compter des objets, il faut déjà pouvoir les identifier... Enfin on se conçoit nous-même comme des individus : d'un jour à l'autre, d'un instant à l'autre, nous sommes toujours la même personne. C'est, semble-t-il, un aspect essentiel de notre expérience.

Pourtant la notion d'identité, aussi importante soit-elle, ne va pas sans poser des difficultés. Sur quoi est-elle fondée exactement ? Qu'est-ce qui fait qu'un objet est le même au cours du temps, quels sont les critères d'identification ? On peut aussi se demander : qu'est-ce qui fait qu'un objet reste le même quand on envisage d'autres mondes possibles ? Si par exemple je dis : "si j'étais riche, j'achèterais un yacht". C'est ce qu'on appelle un énoncé contre-factuel (il envisage une situation qui n'est pas actuelle). Mais on pourrait me répondre : "si tu étais riche, tu ne serais pas la même personne mais quelqu'un d'autre". Étant donné que les énoncés contre-factuels sont très fréquents dans le raisonnement scientifique, cette question a première vue métaphysique a son importance quand il s'agit d'analyser le discours scientifique.

En philosophie, on parle d'individu de manière général pour les objets dotés d'une identité (pas seulement les personnes). Une idée assez intuitive est d'assimiler l'identité des objets concrets à leur constitution matérielle. Ce qui fonde l'individu, c'est ce dont il est constitué : les atomes et molécules qui le composent. Mais différents paradoxes menacent cette idée simple. Nous pouvons les illustrer par quelques expériences de pensée.